Il se disait : « Voilà. Je ne suis qu’un invité sans importance, le nouveau secrétaire à qui on fait la politesse de le nourrir le jour de ses débuts. L’aventure de ma vie n’est décidément pas de ce côté-là. Et, au fond, c’est bien plus agréable ainsi… J’ai une bonne place où je suis bien tranquille. Cette dame ne m’intéresse pas. Le monsieur est bien mieux. C’est un bon garçon. Je serai l’ami du mari et ne me soucierai pas de la femme. »

Toutes ces réflexions se succédèrent beaucoup plus rapidement, presque instantanément, comme les péripéties d’un rêve se précipitent à l’approche du réveil.

M. Gaudron entrait au même moment dans la salle à manger. Il serra la main de Robert, sans beaucoup le regarder.

— Fabienne, dit-il à sa femme, réjouissez-vous. J’ai reçu un mot du carrossier, et vous aurez la limousine dimanche pour aller à Coutances.

Le potage était déjà dans les assiettes. Un grand jeune homme pâle faisait le service. Il portait l’habit noir d’un prédécesseur plus large d’épaules.

Pour occuper le silence, et avec une lenteur de débit que justifiaient à la fois le peu d’intérêt du sujet de la conversation et la chaleur du potage, Mme Gaudron se mit à parler à son mari d’un certain nombre de diverses personnes — parents ou amis — qui défilaient devant Robert sous la simple étiquette de leurs prénoms…

— Vous savez qu’Émile et Gustave n’ont pas insisté…

— Le contraire m’eût étonné, dit M. Gaudron.

— Après ce qui s’était passé avec Irma, c’est ce qu’ils avaient de mieux à faire.

— Tout cela n’est pas de nature à faire plaisir à Édouard, dit M. Gaudron.