Son désir à lui eût été d’ajourner encore cette explication fatale.
Les femmes, au rebours des hommes, sont rarement disposées à ajourner les démarches. Les hommes détestent ataviquement les résolutions à prendre. Au cours de longs siècles de liberté et de responsabilité totale, ils ont trop souvent connu l’ennui d’être obligés d’agir.
Fabienne dit donc à Robert :
— Il faut écrire à vos parents…
Elle ne lui disait plus : monsieur Nordement. Elle ne l’appelait pas encore Robert tout court. Alors elle ne lui donnait aucun nom. Lui non plus d’ailleurs. Quand ils s’interpellaient, ils remplaçaient les noms absents par un petit ronronnement imperceptible.
— … Hon hon… il faut écrire à vos parents. Il faut leur dire nettement votre façon de penser sur ce mariage.
— Oui, fit Robert, je comprends. Je me suis dit déjà que, du moment qu’ils avaient engagé des pourparlers avec les Ourson, il valait mieux ne pas laisser lesdits Ourson s’emballer sur des espérances, que je suis décidé à ne pas réaliser.
« … Quand je dis qu’ils s’emballent, se hâta-t-il d’ajouter, ce n’est pas à moi que je songe. Mais je sais que le père Ourson, dont la grosse fortune est récente, désirerait beaucoup s’allier à ma famille, qui est honorablement connue…
(Ceci dit sans en avoir l’air. Mais il n’était pas fâché de donner en passant cette petite indication…)
« … Je peux très bien, continua-t-il, écrire tout de suite à mes parents que j’ai renoncé à unir mes jours à ceux de Mlle Ourson… Mais ce qui m’ennuie, c’est qu’ils vont discuter, insister, essayer encore de me convaincre. Ils sont même capables, du moment que je ne reviens pas, de venir me relancer ici. Or je tiens à ce qu’ils me laissent tranquille… »