Ils arrêtèrent ensemble un projet de lettre. Robert écrirait à ses parents que s’il ne leur donnait pas son adresse, c’est qu’il ne voulait pas discuter avec eux. Il continuerait, leur dirait-il, à faire du tourisme en chemin de fer pendant quelque temps encore. Il enverrait des cartes postales pour que l’on fût au courant de sa santé. Et il trouverait bien le moyen d’avoir de leurs nouvelles sans qu’ils eussent à lui écrire.
Sur ce dernier point, en effet, il avait déjà son idée. Il donnerait sa véritable adresse à un cousin dévoué qui ne le trahirait certainement pas. Ce cousin allait tous les dimanches faire le bridge au Vésinet avec M. Nordement. Il tiendrait Robert au courant de l’état de santé de sa famille.
Il écrivit donc la lettre à ses parents sous les yeux de Fabienne, qui lui donnait de petits conseils très justes et très fins pour modifier certaines expressions.
Ils prirent tous deux un grand plaisir à ce travail en commun. Robert connaissait pour la première fois de sa vie le charme de ce qu’il appelait encore une amitié féminine, à peine troublée par des petites émotions, telles que le frôlement de quelques cheveux fins sur sa tempe.
Elle lui conseilla un post-scriptum particulièrement tendre pour amortir l’effet un peu brutal de cette lettre. Il fallait dire à ses parents qu’il les aimait beaucoup.
Il écrivit docilement :
« Vous savez, chers parents, que je vous aime beaucoup… »
— Oh ! dit Fabienne, ça ne suffit pas !
Après une seconde d’hésitation, elle lui dicta :
« Chers parents, vous êtes ce que j’ai de plus cher au monde… »