— Non, dit Robert, je n’écrirai pas cela.

— Pourquoi ?…

— Parce que…

Petit silence. Il ne la regardait pas, et ne la vit pas rougir. Elle lui dit, très vite, quand sa gorge se fut desserrée un peu :

— Alors écrivez ce que vous voudrez…

… Ils pensaient l’un et l’autre qu’ils étaient des êtres très droits. Fabienne avait beaucoup d’affection pour son mari, Robert de la reconnaissance et une bonne grosse sympathie pour ce bon gros homme. Ils étaient décidés dans le fond de leur cœur à ne jamais le tromper.

Une volonté ne triomphe pas toujours d’une volonté contraire qui lui résiste. Mais quand deux volontés se liguent ainsi, il arrive qu’elles ne constituent pas à elles deux une barrière absolument solide.

Précisément parce qu’elles s’appuient l’une sur l’autre, parfois un léger fléchissement de l’une d’elles entraîne l’écroulement de toute la barricade.

VIII

Pour que, vis-à-vis de ses parents, le secret de la résidence de Robert fût bien gardé, il valait mieux que les lettres qu’ils recevraient ne portassent pas le cachet de la poste de Caen. La lettre que Fabienne et Robert avaient écrite en collaboration avait été mise au bureau de poste d’une localité normande sise à une trentaine de kilomètres du chef-lieu… Il fut décidé que chaque fois qu’il écrirait à ses parents, on procéderait de la même façon et que les deux jeunes gens s’en iraient en limousine pour aller chercher chaque fois, dans un rayon d’une dizaine de lieues, un bureau de poste différent… C’était un but de promenade qui varierait ainsi de la façon la plus agréable.