Dans ces cas-là, il constatait qu’il tenait tout de même à son père et à sa mère, mais il était navré de voir qu’en analysant ses sentiments, il ne découvrait pas les traces d’un véritable amour filial.
Ses parents n’avaient jamais aimé son ami Francis ; il ne leur pardonnait pas.
La guerre avait aussi contribué à affaiblir cette habitude religieuse et timide qui le liait encore à sa famille. Cependant, il n’aurait jamais eu la force de se séparer des siens, sans une exigence absurde de son père que soutenait de sa volonté froide Mme Nordement, dont le petit jugement était orgueilleux, inconscient de ses limites, et, par conséquent, sûr de son infaillibilité.
II
Léopold Ourson avait acheté la villa des Clématites, d’une certaine importance, puisqu’elle avait été jadis louée douze mille francs, garage compris et frais de jardinage en sus.
La situation de M. Ourson s’était fortement modifiée pendant la guerre.
On l’avait connu courtier de publicité, puis attaché sans titre bien établi à une maison de robinets en cuivre, puis « démarcheur », c’est-à-dire placeur de titres, au service de banques incertaines. Plusieurs personnes se rappelaient lui avoir prêté des sommes modiques. Mais, depuis 1914, il s’était formidablement débrouillé. Maintenant, le nombre de ses millions variait de dix à quarante, selon l’appétit et le besoin de romanesque de ceux qui évaluaient sa fortune.
Quelles affaires avait-il faites au juste ? On en citait quelques-unes, notamment celle de Salonique.
Lors de la première entrée de nos troupes dans cette ville, l’enthousiasme de la population fut, on peut le dire aujourd’hui, moins unanime que les rapports de presse s’étaient plu à le constater.
Les habitants de Salonique sont, pour la plupart, des commerçants actifs et avisés. Ils s’étaient procuré, à l’intention de nos braves biffins, un stock de pantalons rouges, qu’ils comptaient nous céder à des conditions avantageuses… Ils éprouvèrent un léger dépit quand ils virent arriver tout un corps expéditionnaire en bleu horizon.