Tous les soirs, il restait en tête à tête avec Fabienne. La soirée finie, il fallait regagner sa chambre d’ami, à l’étage au-dessus.

Cette histoire piétinait. Il sentait que peu à peu son prestige d’inconnu allait s’affaiblir, qu’il entrerait trop dans les habitudes de Fabienne, qu’il serait à bref délai un « ami » classé. Cette idée lui donnait, en présence de son amie, des minutes de maussaderie…

La jeune femme lui disait : « Vous n’êtes pas de bonne humeur ce soir ».

Il ne niait qu’évasivement, pour la troubler un peu, et l’inquiéter.

Pourtant la conversation entre eux ne languissait pas trop. Elle était encore alimentée par des souvenirs littéraires. Ils avaient épuisé le sujet Francis Picard qui ne les attendrissait plus que par complaisance. De même, Ernest Gaudron ne donnait rien. Ils l’avaient estimé, jaugé, jugé, condamné, absous, sous tous ses aspects, en première instance et en appel.

Tout de même, il leur aurait fallu un peu plus de souvenirs communs. Le moment était venu d’en fabriquer pour l’avenir.

Un soir que Robert était particulièrement maussade, et presque bougon, elle l’interrogea sérieusement et lui demanda ce qu’il avait : n’était-ce pas un besoin de revoir les siens, une sorte de nostalgie ?

Il répondit : Oh non ! avec un élan bien sincère. Car, vraiment, à ce moment, l’affaire importante qui absorbait ses préoccupations ne lui laissait aucune place pour penser à ses parents. Le foyer paternel manque rarement à ceux qui s’en vont sur la route enivrante de la conquête. D’ailleurs, il se sentait très libéré de tout remords filial depuis qu’il avait envoyé cette lettre, où il signifiait nettement à sa famille qu’il n’épouserait pas Mlle Ourson.

— Alors, continua Fabienne, pourquoi êtes-vous d’aussi mauvaise humeur ?

— Mais je n’ai rien, je vous assure. C’est purement une idée que vous vous faites…