Ce fut d’abord, de part et d’autre, une affirmation solennelle de la pureté de leurs intentions. Cette volonté cornélienne de ne pas trahir le joueur de Cabourg, que chacun d’eux s’était affirmée à lui-même, ils se la répétèrent gravement l’un à l’autre…
Puis ils se racontèrent tout ce qu’ils avaient gardé pour eux pendant la période de silence et d’attente. Ils se dirent comme ils s’étaient aimés.
Elle lui avoua qu’elle savait qu’il l’aimait. Il lui fit l’aveu correspondant. Ils se rappelèrent mille petits détails que chacun d’eux avait remarqués sans en faire part à l’autre. On commenta quantité d’incidents de leurs promenades en auto. Ils revécurent des heures de retenue, des moments de doute et d’espoir. Leur stupéfaction fut sans bornes quand ils s’aperçurent qu’il était une heure moins le quart.
— Je croyais qu’il était à peine dix heures et demie, dit Fabienne.
Il fallait se séparer.
— Nous aurons du courage, dit-il en se levant.
Ils se sentaient désormais ligués, associés, pour une belle tâche de vertu… Il prit son associée dans ses bras, et lui posa sur la joue, près de la paupière, un baiser tendre et religieux, où il mit une chasteté profonde et prolongée. Puis ce fut un second baiser, qui se posa un peu plus bas. Il était dans les environs d’un baiser plus intime. Il mit alors, comme par erreur, ses lèvres sur celles de Fabienne.
L’œuvre de vertu commençait bien. Mais ils jugèrent préférable et moins dangereux de ne pas s’en apercevoir.
IX
Le lendemain, ils se retrouvèrent à table à l’heure du déjeuner.