Le candidat avait répondu :
— Non, c’est du Térence.
Et papa, avait fait :
— Aïe ! Aïe ! Aïe !
Papa avait raconté lui-même tout cela, à la maison, une fois le triomphe acquis, et les grandes émotions calmées.
Francis Picard, pensait maintenant Robert, n’avait-il pas faussé ses idées, en dénigrant de parti pris sa famille ? Que serait-il advenu de papa, si le grand-père d’Aristide Nordement avait pu lui faire donner une brillante instruction ? Ce vieux bonhomme de papa aurait peut-être été un tout autre personnage ?
Ce qu’il était, lui, il le devait tout entier à ses parents. Évidemment quand son père et sa mère l’avaient poussé à faire ses études gréco-latines, c’était un peu par gloriole… Mais cette vanité de faire de lui un « sujet » de choix lui semblait touchante, et, en tout cas, ne lui déplaisait pas.
Et puis Francis Picard était-il capable d’apprécier à leur vraie valeur ces qualités obscures et solides du père Nordement, cette conscience, cette persévérance, qui avaient permis à ce fabricant de bouchons d’assurer le bien-être des siens ?
Et enfin, papa, c’était « papa » et maman, c’était « maman ».
Sa mère aussi l’attendrissait. Il fallait lui pardonner son petit air prétentieux, sa fausse distinction, son aplomb aussi pour parler de ce qu’elle ne connaissait pas très bien. Elle tenait cela de son père Gormas, un peu esbroufeur, et aussi de bonne maman Gormas, sa mère, une vieille dame de Bayonne, terriblement volubile.