… Il avait trop pensé à ses parents ce jour-là, pour endurer l’idée de les laisser dans l’inquiétude. Il fallait décidément que sa lettre partît le jour même.
Il écrirait donc un mot, qu’il ferait porter à la gare de Caen. Le cachet de la poste ne leur révélerait que son passage dans cette ville, et ne leur indiquerait nullement qu’il y fût à demeure.
Il écrivit donc ce mot et le fit porter à la poste aussitôt qu’il eût adopté un texte définitif, afin de n’y plus penser…
« Chers parents, leur disait-il, je continue à me porter à merveille. Je vous écris de Caen, où je suis venu passer quelques heures.
« … Ne vous étonnez pas si mon absence se prolonge ainsi. Figurez-vous que j’ai écrit tous ces temps-ci des notes de voyage que je crois intéressantes, et que je voudrais publier. Il me reste quelques excursions à faire pour les compléter.
« … J’ai fait connaissance d’un monsieur, qui me mettra en rapport avec un éditeur, tout disposé à s’occuper de mon petit volume. »
(Il savait que ce gentil projet, qu’il venait d’inventer à l’instant même, flatterait la vanité de Mme Nordement.)
Il termina en les embrassant mille fois, selon le protocole. Mais, cette fois, cette marque de tendresse lui parut avoir une signification.
« Aussitôt, ajoutait-il en post-scriptum, que je serai fixé sur la date de mon retour, je vous en aviserai. »
Il avait recommencé plusieurs fois sa lettre. Il avait d’abord mis : mon retour qui ne saurait tarder. Mais il réfléchit qu’il n’oserait ni cacher ni avouer cette phrase à Fabienne. Une seconde version portait : Je vous en aviserai par télégramme. Mais il refit sa lettre pour supprimer ces deux mots, car il s’était dit que ses parents s’impatienteraient et s’énerveraient en attendant sa dépêche.
Il usa ainsi la moitié d’un cahier de papier pour cette missive de dix lignes.
La lettre partie, il éprouva un grand soulagement. Mais tout n’était pas fini cependant. Il s’agissait maintenant d’en parler à Fabienne.