Une dépêche annonça le retour d’Ernest pour le lendemain soir.

Robert décida qu’avant son arrivée, et pour éviter (ce qu’il ne dit pas à Fabienne) les bonnes poignées de main du retour, il prendrait lui-même, vers la fin de l’après-midi, le train de Paris. C’était un samedi. A Paris, il coucherait à l’hôtel, et arriverait au Vésinet le dimanche dans la matinée. Les Nordement, depuis qu’ils avaient acheté leur villa, restaient à la campagne jusqu’à la fin d’octobre. « Même quand on rentre à la nuit, disait M. Nordement, c’est agréable de respirer une bouffée d’air du jardin. » Et il se persuadait que c’était vrai.

La plus jeune de ses filles, Jenny, dont le mari était encore au Maroc pour affaires, habitait avec ses parents.

Fabienne, le jour du départ, n’avait cessé de pleurer, si bien qu’elle n’avait plus une figure convenable pour conduire Robert à la gare. Elle aurait tout juste le temps de se remettre pour le retour d’Ernest. D’ailleurs, disait-elle, ça lui était bien égal qu’il s’aperçût qu’elle avait pleuré !… Ce qui ne l’empêcha pas, après le départ de Robert, et à la réflexion, de remédier du mieux qu’elle put au désordre de son visage.

Elle avait serré le jeune homme dans des bras frénétiques, en répétant comme une folle :

— Je ne te verrai plus ! Je ne te verrai plus !

Puis, le moment du départ arrivé, elle l’avait poussé brusquement vers la porte :

— Va-t’en ! Va-t’en !

Robert n’avait jamais considéré ce départ comme définitif. Mais elle lui avait tant répété qu’il ne reviendrait plus, qu’il en avait été impressionné, et qu’il se demandait maintenant si quelque événement tout-puissant et inattendu n’allait pas l’empêcher de retourner à Caen.

C’était un bon, brave et faible garçon ; mais sa situation d’homme aimé lui donnait une espèce de férocité quasi professionnelle. Il écarta l’image de cette femme en pleurs, et ne pensa qu’à la joie de son retour au milieu des siens. Et il avait une grande hâte de revoir la figure heureuse de ses parents. De nouveau, dans le train, il passa en revue de nombreux souvenirs familiaux, à qui il trouvait chaque fois un charme plus prenant.