— Il faut vraiment, pensait-il, avoir été séparé de son père et de sa mère, pour comprendre la valeur de ce trésor inestimable : l’affection des siens.

Il n’eut en les retrouvant aucune déception, et sa joie passa son espérance.

Il avait passé la nuit à l’hôtel, tout près de la gare Saint-Lazare. Et, dès huit heures du matin, après une nuit où il s’était cru arrivé au jour une dizaine de fois, il s’habilla à la hâte, et courut à la gare avec sa valise. Le train, par lequel il devait arriver là-bas, partait à huit heures de la gare. Ce train lui parut marcher plus lentement encore si possible qu’il ne marchait réellement. Le parcours entre les deux dernières stations fut interminable.

Son père l’attendait sur le quai. De sa portière, ouverte longtemps à l’avance, il vit les yeux de M. Nordement qui le cherchaient.

Le père et de fils ne tombèrent pas dans les bras l’un de l’autre comme cela se fait dans les pièces de théâtre. Robert jeta au hasard sur la barbe grise un baiser presque furtif. Et il sentit à son tour un effleurement de poils sur sa joue.

Papa ne savait plus très bien ce qu’il faisait, et Robert dut le repousser presque rudement pour détourner les mains tremblantes qui lui prenaient sa valise des mains. M. Nordement avait tellement perdu le contrôle de lui-même que Robert l’empêcha de héler une voiture pour parcourir les quatre cents mètres qui séparaient la gare de la villa.

L’embrassade de maman fut plus dramatique, plus consciente, plus mouillée. Maman, avec son petit air un peu sec, ne négligeait jamais une occasion de verser des larmes.

Elle l’écarta d’elle, pour le regarder…

— Je ne lui trouve pas bonne mine…

— A force de manger à droite et à gauche, et de la nourriture d’hôtel, ça n’est pas ça qui lui donnera bonne mine, dit M. Nordement, qui avait fait les départements pendant plusieurs années de sa jeunesse, et gardait rancune à certains hôtels du Commerce, qui d’ailleurs ne figuraient pas toujours parmi les plus coûteux de la ville.