Jeanne, la sœur aînée, était déjà rentrée à Paris avec son mari, M. Glass. « Mais tu peux être tranquille, dit papa, on les verra à déjeuner. » Jenny, l’autre sœur, toujours un peu en retard le matin (« tu la connais »), descendit de sa chambre, pour embrasser son frère et émettre à son tour sur sa mine un avis défavorable.
Tous leurs petits ridicules n’échappaient pas au jeune homme. Mais désormais il n’en éprouvait plus que de l’attendrissement… Il entrait avec délices, sans le moindre frisson, dans ce bain d’affection, ni trop chaud ni trop froid, préparé à la température de son cœur.
Il avait déjeuné le matin à l’hôtel, mais moitié pour faire plaisir à sa mère, moitié par gourmandise, il prit une grosse tasse d’un café au lait de tradition, que personne ne faisait comme « à la maison ».
Il fallut ensuite aller serrer la main à Florentine, la cuisinière, à Louise, la femme de chambre, et saluer d’un simple sourire l’autre bonne, plus nouvelle.
Très discrètement, et pour éviter de lui poser, au moins tout de suite, des questions, on l’avait conduit à sa chambre, bien qu’il en sût le chemin. On lui avait mis aux fenêtres des rideaux tout propres, et une carpette neuve au bas de son lit. Évidemment ces dépenses ne faisaient pas une brèche colossale à la fortune des Nordement. Il en fut cependant touché, car il connaissait bien son père et sa mère…
Mais il n’était pas au bout de ses surprises. Il y avait sur la table de nuit un porte-montre. Le verre d’eau, fêlé depuis douze ans, était remplacé. Et il trouva dans le bas de l’armoire une paire de pantoufles toutes pareilles, en neuf, à ses vieilles. Il y vit comme une espèce de symbole de ses habitudes de toujours, qui réapparaissaient rajeunies, avec un charme nouveau.
Ses parents l’avaient laissé seul. Mais, sa sœur Jenny, plus curieuse, était venue le retrouver.
C’était une petite femme brune assez jolie, au nez investigateur.
— Te voilà, j’espère, revenu pour de bon ?
— Pourquoi dis-tu cela ? dit Robert… Je n’étais pas parti… J’étais simplement en voyage…