— Et ce tableau, Jenny, qui est près de la cheminée. A Paris, il était dans la chambre de notre mère… Ce tableau qui représente un moulin à vent… Je le trouvais si joli quand j’étais petit, et si laid plus tard… Maintenant, je t’assure qu’il est délicieux ! Il me semble que j’ai été élevé près de ce moulin !

— C’est de l’imagination, dit Jenny.

— Je me suis assis un instant sur une de nos vieilles chaises cannées. Je n’ai jamais été assis si à mon aise. Comprends-tu cela ?

— Non, fit nettement Jenny.

— Ah ! je te plains vraiment, ma pauvre Jenny. Je te plains de ne pas sentir toute l’affection qu’il y a dans les yeux de nos parents, toute l’amitié qui s’exhale des meubles, des murs… Les fenêtres !… Les fenêtres sont comme des visages qu’on ne voudrait plus jamais quitter…

— Je te suis plus ou moins, dit Jenny, qui ne voulait plus faire preuve d’incompréhension complète. Mais je t’assure bien que je n’ai pas besoin d’éprouver ces sensations… poétiques… pour rester auprès de mes parents, en me disant que je ne cesserai de les voir que le jour où la mort nous séparera…

— Comment se porte papa ? demanda Robert avec un peu d’inquiétude.

— Il est bien, dit Jenny. Il n’a pas eu la moindre crise cet été. Tiens, justement, l’autre jour, j’ai rencontré dans le train le docteur Paulon. Il déclare que papa peut très bien se remettre tout à fait.

Ils descendirent tous deux. Papa se promenait autour de la pelouse, pour se conformer à l’affirmation de toute la famille, qui ne cessait de répéter qu’il adorait se promener dans le jardin. Robert prit le bras de M. Nordement, et, tous deux, comme un bon père et un bon fils, marchèrent ensemble pendant une demi-heure sans se dire un mot.

Mais à quoi bon se parler ? pensait Robert. On sait si bien qu’on est d’accord. On est d’accord de naissance…