« Chers amis, je pense que vous êtes en bonne santé, et que votre voyage s’est bien passé. Moi, je suis arrivé dans ma famille sans encombre. Malheureusement, je suis tombé en pleines affaires de succession. Il y a des rendez-vous de pris chez des notaires toute la semaine prochaine, des signatures à donner…

(Il ne mentait pas complètement. Ses sœurs et lui avaient, en effet, six mois auparavant, hérité d’un grand oncle. Mais c’était une succession sans importance, et qui allait se régler sans la moindre formalité).

La lettre continuait ainsi, pour amortir un peu le coup :

« Je vais demander s’il n’y aurait pas moyen, pour une partie tout au moins de ces actes notariés, de faire établir des procurations. Mais je crains que pour certains d’entre eux ma présence soit nécessaire. Je serai fixé demain, — après-demain au plus tard, et je vous écrirai aussitôt.

« Mes souvenirs affectueux.

« Robert Nordement. »

Sa lettre expédiée, Robert déjeuna avec toute la famille. Après le déjeuner, on fit le bridge. Il était venu d’autres parents, dont Lambert Faussemagne, qui donna à Robert une poignée de main d’entente.

Robert, qui n’était pas un fanatique du bridge, trouva cette partie de famille d’un agrément tranquille et doux.

Il s’amusa même des plaisanteries rituelles. « Ici les Athéniens s’atteignirent »,

« Encore un carreau qui ne doit rien à personne »,

« Il n’y aurait plus de pain à la maison… »

Toutes ces facéties usées, qui l’exaspéraient jadis, lui paraissaient maintenant les manifestations touchantes d’une humble allégresse. Ces gens n’avaient pas la prétention d’inventer des mots d’esprit. Ils cédaient simplement à la tentation innocente de se tailler de petits succès avec de bons lazzi, qui avaient fait souvent leurs preuves.