Après le bridge, il fit un tour de jardin avec le bon Lambert Faussemagne, qui était un artisan de ce retour au foyer familial, et avait bien le droit de savoir « comment ça s’était passé ».
— Eh bien ! tu es content d’être revenu ?
— Ah ! fit Robert extasié…
Et il exprima une satisfaction qui dépassa les espérances, et même l’entendement du brave cousin. De nouveau, ce fut la louange ravie de tous les êtres de la famille et de tous les meubles de la maison. Toutes les plates-bandes aussi, les recoins de verdure, et les petits sentiers de cailloux prirent part à la distribution.
Après le dîner, Jenny se mit au piano. Elle n’avait jamais passé, même parmi les siens, pour une virtuose hors ligne. Robert, qui n’était pas musicien et qui n’écoutait que les pianistes d’une réputation pour le moins mondiale, avait pris jadis l’habitude de fuir ces séances musicales. Cette fois, ce fut pour lui une heure de béatitude, qui surprit tout le monde et fatigua même l’exécutante.
D’ailleurs, il n’écoutait pas le piano, mais il savourait son bonheur. Il se disait : Comme ces gens sont heureux, mais comme ils savent mal apprécier la fête de leur vie ! Il aurait voulu leur dire, comme cet amphitryon à ses convives trop distraits : « Mais c’est du clos-vougeot de la meilleure récolte ! Pensez donc un peu à ce que vous buvez ! » Personne, comme lui, dans ce salon paisible, n’était capable de déguster ce vin merveilleux…
Tout le monde conduisit les Glass à la gare. Robert allait le long de la colonne, prenant successivement le bras de son père, de sa mère, de ses sœurs et de son beau-frère. Avant le dîner, il s’était montré un peu plus réservé dans ses manifestations extérieures. Mais maintenant, un peu échauffé, il ne se tenait plus. Et les siens, il faut le dire, le regardaient d’an air un peu inquiet.
On rentra enfin se coucher. Il aurait voulu que sa mère vînt le border dans son lit. Mais il n’osa pas le lui demander. Il s’endormit délicieusement après cette journée magnifique, pareille à tant de journées de sa jeunesse, dont il n’avait pas su voir la splendeur.
XIII
Le retour d’Ernest Gaudron n’avait pas gêné Fabienne. Peut-être, en toute autre circonstance, aurait-elle eu un moment de trouble. Mais elle n’avait dans la tête que l’idée du départ de Robert. Une femme vraiment amoureuse ne pense qu’à un être à la fois. Quand on est capable de partager son cœur, c’est qu’il n’est vraiment à personne.