Il retrouvait de bons camarades à la terrasse du café. Il ne recherchait pas les plus riches, mais, sans affectation, il s’était écarté doucement de ceux qui n’avaient pas réussi.
M. Isidore n’avait pas une réputation d’avare. Mais l’argent ne lui coulait pas entre les doigts.
Il n’appartenait pas à cette époque d’hommes d’affaires disparus, où l’on engageait un employé parce qu’on l’avait vu ramasser une épingle. Il n’était pas non plus de ces fous, qui envoient des capitaux devant eux, sans compter, pour appeler et ramener d’autres capitaux. Il pensait bien, que pratiqué de l’une ou de l’autre manière, le jeu n’est pas si aisé et si simple, qu’il ne s’agit pas d’être une fois pour toutes ou aventureux, ou ménager de ses fonds.
En vieillissant, sa roublardise était devenue de la sagesse. Pendant ses années de réussite, il n’avait pas, fort heureusement pour lui, songé à codifier la méthode inconsciente qui avait fait sa fortune…
Il ne s’en était rendu compte que bien plus tard, au moment où sa philosophie des affaires ne risquait plus, par une prétention pédante, d’entraver l’heureux développement de ses opérations.
Marcel avait été presque content de ne pas rencontrer tout de suite M. Isidore. Et pourtant, la veille au soir, il lui semblait que le train n’allait pas assez vite, tant il était impatient d’avoir un entretien avec le banquier.
Entretien très vague d’ailleurs, et que le jour matinal, qui éclaire mieux la vie, l’invitait crûment à préciser.
L’année précédente, il avait eu avec M. Isidore des conversations assez longues, d’après lesquelles il lui semblait que le banquier appréciait chez les jeunes gens l’allant et l’audace. Il se disait qu’il accueillerait avec sympathie un fils de famille qui s’était dégagé du joug paternel.
Maintenant, à la réflexion, il n’en était plus aussi sûr. M. Isidore devait avoir le respect des situations assises. Il approuverait moins le goût du risque chez un jeune homme qui avait son pain tout cuit.
Car le proverbe : « Qui ne risque rien n’a rien » peut se compléter d’un autre adage aussi sûr : « Qui n’a rien ne risque rien. »