M. Isidore lui dirait sans doute : « Mon ami, rentrez donc chez vous », et ne se soucierait pas de mécontenter le père Langrevin en donnant asile à son fils en rupture de ban.
Marcel craignait que dans une heure l’insuccès de sa démarche ne fût un fait accompli. Alors il n’était pas fâché d’avoir encore un peu de répit.
Il eut un instant l’idée de passer cette heure à préparer son entrée en matière et le développement de sa plaidoirie… Puis, autant par raison que par indolence, il se dit qu’il valait mieux s’en remettre au hasard et ne pas avoir l’air de réciter un discours appris.
D’ailleurs, cette attente fut brusquement écourtée par la rencontre au coin d’une rue de M. Isidore lui-même qui, avec un besoin bien méridional de manifestations, fit de sa petite surprise véritable une grande scène de bras levés au ciel et de stupéfaction.
Il ne se calma que lorsque Marcel lui eut dit qu’il se trouvait précisément à Bordeaux pour le voir.
— Parfait ! Parfait ! Qu’y a-t-il pour votre service ?
Mais cette comédie d’obligeance était moins bien jouée que la précédente. On se demandait si quelque petite inquiétude secrète ne gênait pas l’acteur dans sa conviction.
— Tenez… Nous allons prendre l’apéritif ensemble. Ce qui est une façon de parler, parce que moi, je ne prends que de l’eau minérale.
Tous deux se dirigèrent vers les allées de Tourny. Ils n’étaient dégagés d’esprit ni l’un ni l’autre, à en juger par l’empressement qu’ils mettaient à ne pas laisser tomber la conversation, à parler de Bordeaux, de l’animation croissante de la ville, des Américains, et de divers sujets qui leur tenaient aussi peu à cœur.
Quand ils furent installés à la terrasse…