— Vous avez devant vous un enfant prodigue, dit Marcel en tâchant de prendre un ton léger…

Et, comme M. Isidore s’efforçait de sourire en attendant la suite…

— Oui, dit Marcel, j’ai quitté ma famille hier. Je ne dis pas que ça soit sans espoir de retour… Je ne m’entendais plus avec mon père. Rien de grave d’ailleurs… Une résolution que j’avais prise depuis quelque temps déjà… Je veux faire ma position moi-même…

Il eut tout à coup l’impression qu’il fallait dissiper une certaine anxiété.

— J’ai un peu d’argent devant moi ; ce qui me permet de ne pas presser les événements…

M. Isidore avait assez de tact pour ne pas changer son attitude, un peu réservée, trop vite après cette déclaration rassurante. Pourtant il ne fallait pas perdre de temps pour faire téléphoner à Bastien qu’il y aurait un invité à déjeuner.

Le banquier ne conseilla pas à Marcel de retourner dans sa famille. Il se doutait que ce conseil ne serait pas suivi. Au temps de sa jeunesse, il aurait craint sans doute de mécontenter M. Langrevin en ne mettant pas d’entrave à la rébellion de son fils. Mais l’âge et la fortune lui avaient donné un esprit plus indépendant.

Il n’encouragea ni découragea le jeune homme. Et, si celui-ci avait eu davantage l’habitude des hommes, cette attitude « expectante » lui eût semblé un bon signe.

Elle indiquait que M. Isidore ne repoussait pas l’idée de favoriser les projets de Marcel. Autrement il aurait feint un pessimisme qui l’eût dispensé d’agir, ou un optimisme fait de paroles vaines, destiné poliment à procurer à l’interlocuteur le plaisir passager de l’espoir.

Séance tenante, M. Isidore présenta Marcel à deux personnes éventuellement utiles. Puis ils rentrèrent à la maison.