M. Chasselin, à l’extrême fin de sa visite, déclare que M. Tury-Bargès est une des grandes figures de la jeune magistrature actuelle. M. Tury-Bargès lui répond par un compliment aussi exagéré.

M. Chasselin parti, M. Tury-Bargès vient se rasseoir à son banc, où il reçoit les félicitations des membres de sa famille.

Il n’a d’ailleurs pas altéré la vérité. La maison Langrevin se tirera d’affaire. Il n’a pas dit à M. Chasselin par quels moyens. Mais tout est réglé. La somme nécessaire pour désintéresser les autres créanciers de Moulisse et racheter la maison de Lyon, cette somme de deux cent mille francs environ, M. Girbel la tient toute prête. Les conditions définitives de l’opération vont être arrêtées en présence de M. Langrevin.

Le voici enfin, accompagné de son vieux caissier Nodel.

Le père de Marcel a vieilli. Ses gros sourcils noirs font ressortir davantage la fatigue de son visage.

Il est intéressant, quand on contemple en spectateur une grosse partie de baccara, de suivre les mouvements du jeu sur la figure des banquiers. Presque tous, bien entendu, se surveillent. Ils font, à cause des assistants, un grand effort vers l’impassibilité. Mais les fakirs de l’Inde sont mieux dressés à cet exercice, qui leur est d’ailleurs plus aisé : leur indifférence, pourrait-on dire, vient précisément de ce qu’ils ne font pas de « différences ».

Un œil attentif saisit les rapides impressions qui crèvent un rien de temps le masque d’impassibilité. Le petit sourire forcé du perdant ne monte pas jusqu’à l’œil. Au contraire, la joie retenue du gagnant, qui ne dérange pas les lignes du visage, fait une irruption furtive dans le regard.

M. Langrevin ne posait pas pour la galerie. De l’autorité de son ancien visage, il ne restait qu’une sorte de dureté farouche, qui ne cherchait à impressionner personne. Elle exprimait simplement la rancœur d’un homme vaincu, qui en veut à la Destinée injuste, et aux employés de la Destinée, les hommes.

M. Girbel salua M. Langrevin avec un respect trop appuyé et qui ne présageait rien de bon. M. Tury-Bargès était déférent. Cécile se montra tendre — trop volontairement.

— Monsieur Langrevin, dit Tury-Bargès, j’étais en train d’expliquer à votre fille l’arrangement proposé par mon beau-frère Girbel, et dont je vous ai donné les grandes lignes. Je cède la parole à Henri, pour qu’il vous dise dans quelles conditions il prendra à sa charge le passif de votre maison.