— C’est une combinaison que monsieur Langrevin ne peut manquer d’approuver. Même s’il n’était pas dans une situation difficile, l’offre que je puis faire lui semblerait des plus acceptables. Il connaît trop les affaires pour ne pas saisir immédiatement tous les avantages de ma proposition. Vous n’êtes donc pas, monsieur Langrevin, en présence d’un homme qui a voulu abuser de la situation. D’ailleurs, vous me connaissez, n’est-ce pas ?

… M. Langrevin ne se décide pas à acquiescer, même simplement de la tête.

— Mais oui, dit Cécile, mon père vous connaît.

M. Girbel se contente de cette approbation par procuration.

— M. Langrevin, continue-t-il, a derrière lui une vie de labeur copieusement remplie, et l’on peut dire qu’en tout état de cause le moment n’était pas éloigné où il eût dû songer à un repos largement gagné. Même si les événements — un peu ennuyeux — de ces derniers temps ne s’étaient pas produits, il eût fallu envisager l’instant prochain où vous auriez fait peser sur d’autres épaules une partie du fardeau que vous avez été seul à supporter.

Un petit arrêt pour attendre une approbation qui ne se produit pas… Le discours reprend sa marche.

— Je comprends — nous comprenons tous — que c’eût été un crève-cœur de céder à quelqu’un cette maison que vous avez, pour ainsi dire, fondée… Ce n’est donc pas une cession que je viens vous proposer. La maison Langrevin, épaulée en secret par la firme Girbel, continuera à garder son importance propre. Mais vous serez débarrassé du souci de la soutenir, puisque la responsabilité de sa bonne marche n’incombera désormais qu’à nous. Aux yeux de tous, vous resterez le chef, le maître de votre librairie. Et nous insistons vivement pour n’avoir pas seulement votre nom, mais aussi votre concours effectif, qui nous est indispensable.

Silence.

— Mon père ne demande pas mieux, dit Cécile. Elle dit encore, avec un enjouement un peu forcé :

— Que deviendrait-il s’il ne se rendait pas tous les jours à son bureau ?