— Monsieur Langrevin, je ne pense pas que vous ayez changé d’avis, et que vous ayez oublié les avantages de la proposition Girbel, qui nous permet de couper court à tous les bruits fâcheux.
— Vous vous adressez à mon père, Florentin. Mais il m’autorise à vous répondre pour lui. Il m’a dit toutes vos raisons qui sont des plus honorables. Vous tenez à ce que notre réputation et la vôtre, par ricochet, ne soient pas atteintes. Sentiment, je le répète, fort acceptable. Et je me sens disposé à le ménager, autant seulement qu’il se concilie avec un autre sentiment auquel on n’a peut-être pas assez songé…
Sa voix se hausse malgré lui.
— Je suis décidé à faire l’impossible pour ne pas porter atteinte à votre situation, mais je pense d’abord à ménager la fierté, l’orgueil, si vous voulez, du fondateur de la maison Langrevin…
Il continue avec moins de solennité, d’une voix plus sourde et plus brutale :
— Je ne veux pas de cette abdication qu’on cherche à lui imposer. Je veux que mon père, secondé par son fils, reste à la tête de ses affaires. Nous allons tâcher de sauver la barque, le père et le fils, par les moyens du bord.
Un silence.
— C’est très bien, dit M. Tury-Bargès, les lèvres amincies… Vous me voyez très satisfait de ces belles résolutions, mais je suis étonné de ce dévouement subit. Voici près d’un an que nous n’avons pas entendu parler de vous…
— Si j’avais su mon père dans l’embarras, croyez bien que je serais revenu plus tôt !
— J’ai tout de même, dit le gendre, un peu voix au chapitre. Et, quand je vous vois prendre en main le sort de la maison Langrevin, il m’est impossible de ne pas éprouver quelque… inquiétude, en songeant à votre passé…