En attendant que le Touring Club ait obtenu des compagnies l’adjonction de plates-formes cyclables aux trains et aux rapides, on pourra provisoirement utiliser le fourgon aux bagages, mieux protégé qu’une plate-forme contre les intempéries, et qui est lui-même précédé de wagons confortables où il sera loisible aux routiers de se livrer à quelques-uns de leurs sports favoris, tels que le sitting (du verbe anglais «to sit», s’asseoir) et le sleeping (autre sport bien connu).
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Nous compléterons ces conseils aux routiers par d’autres conseils adressés plus spécialement aux tandémistes, tant aux cyclistes qui font du tandem mixte, c’est-à-dire avec leur femme ou leur bonne amie, qu’à ceux qui en font avec un ami.
Pour le tandem mixte, il faut agir avec beaucoup de circonspection.
Si votre femme n est pas très robuste et très énergique, ne lui faites pas faire de tandem, au moins en votre compagnie. Achetez-lui de préférence une bicyclette simple, où elle n’aura à déplacer que le poids de la bicyclette et le sien.
Mais si vous avez une compagne vigoureuse et résistante, le tandem nous paraît indiqué. En tout cas, que votre équipier soit un homme ou une femme, le principe sera, en réduisant votre effort à son minimum, de ne pas gêner le sien. Nous nous sommes, pour notre part, toujours très bien trouvé de cette méthode. Nous arrivions aux étapes dans un état de fraîcheur qui contrastait singulièrement avec la fatigue de notre co-équipier, ce qui nous laissait plus de lucidité d’esprit pour régler le tableau de marche et pour fixer la durée des haltes, que nous n’hésitions pas à faire assez longues, car nous ne tenions pas à reprendre la route avant que notre équipier fût tout à fait reposé.
Il est de bon ton d’abandonner à son équipier tous les menus agréments de la route: réparations des pneumatiques, resserrage des boulons et des écrous, rectification de la position des selles. On gardera pour soi tous les gros ouvrages, tels que le dépliage, la lecture et le repliage des plans et l’allègement progressif du sac aux provisions.
AU CIRQUE
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C’était comme un coup de fortune, un miracle subit, quand au sortir du lycée de Besançon nous apercevions sur un mur, en face de la porte, une de ces affiches de cirque, étroites et très hautes. Avec leur papier jaune cru, leurs lettres rouges, elles avaient quelque chose de barbare et d’attirant. Elles promettaient une cavalcade, des lions, des clowns, un quadrille de lanciers à cheval, dansé par huit dames et huit cavaliers.
Les cirques et les ménageries s’installaient d’ordinaire à Chamars. Le nom de Chamars, était, nous disaient nos professeurs, une contraction de «Champ de Mars». Nous aimions la promenade Chamars, plus vaste, plus déserte que la promenade Granvelle, qui était vraiment trop centrale, trop officielle, trop encombrée de familles. On allait à Chamars habillé n’importe comment. On y rencontrait des artilleurs en ballade, des voyous flâneurs, un professeur de mathématiques qui rêvait.