Analysons en effet les mouvements du cycliste dans l’ascension d’une côte.
Le mouvement du cycliste qui monte une côte présente une grande analogie avec celui du piéton, à ce détail près que le piéton n’ayant pas de machine à pousser à sa droite a beaucoup plus de liberté pour laisser aller ses bras, alors que le cycliste est obligé de tenir sa machine par le guidon.
La reine Bicyclette a ce défaut bien connu que, si souple et si docile en plat, elle devient aussi rétive qu’un âne quand il s’agit de monter une côte. Si on l’abandonne à elle-même, elle se couchera bientôt sur la route. Dans ces conditions, il faut bien pour l’aider à monter la pousser à côté de soi. Elle ne se prête d’ailleurs à cet exercice qu’avec une parfaite mauvaise grâce, si l’on en juge par les coups de pédale qu’à chaque tour de son pignon elle vous envoie dans le mollet.
Or, il est un fait admis par les savants, c’est que pour une distance donnée, une bicyclette à développement plus fort donne moins de coups de pédale dans le mollet qu’une machine plus faiblement multipliée.
Donc, nous choisirons de préférence pour monter les côtes une bicyclette à forte multiplication, sauf le cas où nous aurons pour compagnon de route une personne sociable et bien élevée qui consentira à pousser notre bicyclette en même temps que la sienne, pour ne pas laisser sa main gauche inoccupée.
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Nous avons également une idée que nous croyons assez pratique en ce qui concerne les grands parcours.
Cette idée nous est venue un jour que nous regardions un train passer à toute vitesse. «Quel entraîneur merveilleux, nous disions-nous, ce serait pour un cycliste, si seulement l’entre-rail était cyclable!» Malheureusement cet entre-rail est semé de pierres à arêtes vives dont le contact serait funeste à nos pneumatiques. Et les compagnies se refuseraient évidemment à paver en bois l’intérieur des voies pour permettre aux cyclistes isolés de s’entraîner derrière les rapides.
Mais n’existerait-il pas un moyen d’offrir à peu de frais aux cyclistes une piste plus praticable? Et que penserait-on d’une plate-forme en bois, qui s’attacherait au dernier wagon et fournirait à la machine un sol idéalement roulant?
Notez que, grâce à ce dispositif, le cycliste se trouverait bénéficier de la vitesse propre du train, et qu’il serait même préférable de ne pas y ajouter la vitesse de la bicyclette. On risquerait en effet, en la mettant en mouvement, d’être projeté dans l’intervalle qui sépare la plate-forme et le wagon précédent.