—N’est-ce pas? me dit-il, ravi.
—Ne la regardons pas trop... (Il me montra un monsieur qui se trouvait au milieu du stand, en conférence avec quelque acheteur). Nous nous tenons à deux mille francs, et si j’ai trop l’air d’en vouloir... Je sais très bien, ajouta-t-il avec résignation, que je finirai par arriver au prix qu’il me demande... Je suis incapable de renoncer à cet outil-là, et je le montre trop...
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Au Salon de l’année suivante, le marché était toujours sur le point de se conclure, mais ce n’était pas pour cette voiture, ni avec cette maison-là. Hilaire m’annonça que ses principes s’étaient complètement modifiés, en ce qui concernait les moteurs. Il m’en donna les raisons, que j’acceptai sans difficulté. Sa compétence augmentait d’année en année et presque à vue d’œil. Il disait bonjour, dans les stands, à tous les directeurs. Ceux-ci lui répondaient, me semblait-il, un peu distraitement. Je me souviens qu’il m’avait parlé de l’un d’eux comme un de ses amis intimes, qui le prenait même parfois comme confident. «Bonjour!» lui dit-il, en arrivant au stand. Et comme l’autre, après un signe de tête, allait tout de suite à ses affaires, Hilaire, pour m’expliquer la cordialité un peu modérée de cet accueil, murmura entre ses dents: «Ou plutôt rebonjour!...»
Cependant, de même que la compétence d’Hilaire, sa voiture se perfectionnait de saison en saison; la force de son moteur s’accroissait tous les hivers. Elle monta de vingt-quatre à quarante chevaux, puis à soixante, à quatre-vingts. Quand je le revis au dernier circuit, aux éliminatoires, c’était une 120-chevaux qui lui avait manqué le matin, au moment où il l’attendait devant sa porte, en tenue de chauffeur. Il était donc venu par le train avec sa casquette, ses lunettes et une petite veste de cuir. Je l’avais d’ailleurs rencontré à quelques reprises en cet équipage, dans divers wagons-bars ou wagons-restaurants. Il me donna des détails intéressants sur les voitures de la course et m’en parla avec une certaine indulgence, vraiment très méritoire chez cet homme qui était en posture de les comparer à «sa voiture», à sa voiture puissante et parfaite, plus riche en qualités et plus exempte de défauts que la jument de Roland. Ce n’était pas, en effet, l’être qui n’existait plus, mais celui qui allait naître.
Ne regardons pas Hilaire de travers. Hilaire n’est pas un imposteur. Il est possible qu’il ait de quoi se payer une belle auto. Il ne cherche pas à me tromper. C’est pour lui surtout qu’il parle. Il est fou d’automobile et, pourtant, personne ne l’a jamais vu, je ne dis pas sur sa voiture, mais même sur une voiture. C’est un poète. C’est le véritable amateur.
CONSEILS AUX ROUTIERS
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On veut bien me demander quelquefois quelques conseils pratiques pour faire du tourisme. Faut-il choisir une bicyclette à changement de multiplication? Et si l’on n’a qu’une multiplication unique, quel développement faut-il adopter?
J’ai soutenu souvent cette thèse qu’une forte multiplication était bien plus agréable qu’une faible multiplication pour monter les côtes.
Cette assertion est, je vous assure, beaucoup moins paradoxale qu’elle ne semble au premier abord.