Le mois de septembre se passa sans qu’il me fît signe. Je ne le revis qu’au moment du Paris-Bordeaux, que Fournier venait de gagner. Il me parla de la course, des enseignements qui s’en dégageaient, de soupape, d’allumage, de circulation d’eau. A cette époque, je ne comprenais déjà rien à ces choses-là. J’écoutais tout de même avec des gestes approbateurs, destinés à arrêter dans leur course les explications supplémentaires. Il finit par me dire:

—J’aurai ma voiture demain.

Les gens du métier commençaient à dire: voiture.

Il allait avoir une voiture de je ne sais plus quelle marque. C’était une marque non classée dans Paris-Bordeaux, mais qui avait gagné la course moralement. Je connais pas mal de «fines gueules» du sport, de gens renseignés, qui n’acceptent jamais comme gagnant de la course celui qui est arrivé premier. C’est le gagnant du gros public, celui-là. Eux, ils ont un gagnant pour eux, qu’ils avaient désigné avant l’épreuve, qui était premier à tel contrôle intermédiaire et qui a été mis hors de cause par un accident indépendant de la construction, un accident qui ne compte pas.

*
* *

La voiture qu’attendait Hilaire n’avait pas été prête pour le jour de l’épreuve. Ce retard était dû à une raison précise que j’ai oubliée. Son moteur était de moitié plus fort que celui des voitures de la course. «Elle aurait gagné de deux heures si elle s’était mise en ligne.» C’était bien simple: il n’y avait que deux marques au monde, une marque belge, qui venait de se fonder, et cette marque-là...

Je ne retrouve plus le nom de cette maison. Je sais seulement qu’il m’en fit un éloge extraordinaire, et que, six mois après, il me dit que c’était une boutique de vieille quincaillerie, qui ne fabriquait que des sabots et que, d’ailleurs, il n’avait jamais pu obtenir qu’on lui livrât sa voiture... «Heureusement, ajouta-t-il. Qu’est-ce que je ferais, maintenant, si j’avais toute cette ferraille sur les bras?»

Nous étions ce jour-là au Salon de l’Automobile. Son visage prit tout à coup un air mystérieux et extasié. Il m’entraîna par le bras sans mot dire et m’amena jusqu’à un stand. Il m’arrêta devant une très grosse voiture...

—Qu’en penses-tu?

Je réponds généralement à ces questions non pas en examinant l’objet désigné, mais d’après le visage du questionneur. Celui d’Hilaire exprimait assez d’admiration... Je m’écriai, sans timidité: Magnifique!...