—Oserai-je vous prier d’accepter ceci? Je suis représentant d’une maison de cinématographes de Bruxelles... Vous venez de poser sans vous en douter pour une scène de la vie automobile, à qui nous avons voulu donner toute l’animation du vrai, du vécu... Excusez ce procédé un peu sans-gêne. Bien qu’on ne puisse pas vous reconnaître sous vos lunettes, vous n’auriez pas accepté de poser. D’ailleurs, si vous aviez été prévenu, ce n’aurait pas été aussi bien.
Raoul hésita. Mais il finit par accepter cet argent vraiment bienvenu. C’était au fond ce qu’il avait de mieux à faire.
UN ARTISTE
—————
Il s’en allait sur les routes, avec sa voiturette 8-chevaux, qui faisait un bruit peu ordinaire. On l’eût dite chargée de tessons de bouteilles. Elle dépassait fièrement les carrioles. Mais toutes les autos du département la grattaient sans relâche.
Les jours de courses à Deauville, il fallait obliquer sur les bas-côtés, céder bien piteusement le haut de la chaussée.
Il avait fini par ne plus inviter personne. Il s’en allait avec sa femme. Et, à chaque voiture qui les dépassait, tous deux baissaient la tête, par résignation, et pour ne pas avaler la poussière.
Oh! l’insolence hargneuse de la trompe! l’ironie chantante de la sirène! Et le son victorieux de ces longues trompettes qui proclament votre défaite au passage!
Et leur façon, à «eux», aux ennemis, de ne pas vous regarder, ou de regarder avec pitié votre petit capot!
*
* *
Une voiture, une entre toutes, exaspérait notre malheureux chauffeur. C’était la 50-chevaux du château, qui faisait une poussière effrayante. Nous avons tous souffert quelque jour de la grossièreté d’un valet de chambre secouant un tapis par la fenêtre au moment où nous passons. Cette voiture avait des procédés aussi incivils. Pour plusieurs minutes, elle nous laissait dans un nuage.