... Et l’avocat, par contre, était un roublard. Quand il arriva au château, il s’approcha, devant moi, du vieux sportsman qui lui avait prêté sa bicyclette, et lui dit à demi-voix: «Je ferai réparer à mes frais votre pneu, qui est tout tailladé...». Et, comme le propriétaire de la machine protestait: «Si, si, insista l’autre, c’est moi qui l’ai crevé moi-même, avec mon canif. Je savais très bien que je ne viendrais pas à bout de cette côte, et il fallait trouver une excuse à ma défaite.»

—Est-il malin, cet individu-là! dis-je au vieux sportsman, quand l’avocat blond se fut éloigné.

—Heu! heu! fit le vieux sportsman. Peut-être pas si malin que ça...

—Comment? vous croyez?...

—Je ne crois rien. Vous verrez...

*
* *

Un mois après, l’Américaine épousait le brave jeune homme, celui que nous appelions «la poire».

Aussitôt que j’appris la nouvelle je me rendis chez le vieux sportsman, pour qu’il me commentât ce résultat du match, que lui seul semblait avoir prévu.

—Comment n’avez-vous pas, me dit-il, observé les deux regards que jeta successivement la jeune femme à nos deux amis, le regard moqueur quand l’avocat nous apprit que son pneumatique était crevé, et cet autre regard, plus moqueur encore peut-être, mais un peu attendri cependant, à l’adresse de ce malheureux qui s’épuisait à monter la côte?...

Les femmes aiment souvent les faibles, même quand elles les raillent... Par contre, elles détestent les déveinards...