Le lendemain matin, la voiture vint me prendre devant mon petit cottage. Il n’y avait plus que ma place de libre. Je serrai la main aux deux personnes que je connaissais. Puis, le cousin Léonard et moi, on nous présenta l’un à l’autre. C’était un grand monsieur mince, avec une barbe triste, et un regard très poli derrière son lorgnon. Il était installé dans le fond de la voiture. On m’avait réservé la place de devant.
—Voulez-vous des couvertures?
—Non, non. C’est très bien. Il fait très chaud.
Quand nous fûmes en rase campagne, et que l’auto fila à bonne allure, je me repentis un peu de n’avoir pas accepté cette offre aimable. Je fus sur le point de demander tout de même une couverture, quitte à m’entendre dire: «Ah! ah! vous y venez», ce qui est toujours un peu humiliant. Mais, en me retournant, je vis que toutes les couvertures étaient utilisées. Le cousin Léonard était entouré chaudement jusque sous les bras. Il tenait à la main un livre recouvert d’un passe-partout de maroquin. Il lisait ce volume avec beaucoup d’attention. Il connaissait peut-être le pays et attendait, pour lever le nez de son volume, qu’on se trouvât dans une région nouvelle.
La campagne était vraiment fort belle; la brume légère s’était levée, et nos yeux se régalaient de verdure. Nous arrivâmes sur un plateau, d’où l’on découvrait un immense paysage. Une chambre à air éclata précisément à cet endroit, admirablement choisi pour y faire une petite station.
Nous descendîmes nous dégourdir les jambes. Mais le cousin Léonard ne quitta pas sa place, et continua sa lecture.
—Vous connaissez ce pays, Léonard? lui demanda le propriétaire de l’auto.
—Non, mon cousin, dit M. Léonard très doucement. C’est la première fois que j’y viens.
—Vous ne trouvez pas qu’il est très beau?
M. Léonard, poliment, promena un regard tout autour de lui. Puis il murmura: