—Dans votre voiture!

—Oui, il lit.

Nous rejoignîmes Léonard, qui nous demanda fort gentiment si nous avions bien dormi. Puis, sans trop de hâte, il se remit à lire.

*
* *

Mais enfin, qu’est-ce qu’il lisait donc comme çà?

L’un de nous le lui avait demandé avec une certaine timidité, parce que M. Léonard nous en imposait un peu à tous par son air grave et sa civilité extrême, et, pour rien au monde, nous n’aurions voulu être indiscrets.

—Vous lisez quelque chose de très intéressant? avait demandé notre ami, en s’efforçant de ne pas mettre le moindre soupçon de reproche dans cette phrase.

M. Léonard avait incliné la tête, avec son inaltérable politesse. Il avait regardé la première page du volume, comme pour se rappeler exactement ce qu’il lisait, puis il nous avait dit simplement:

—Oui, ce n’est pas mal fait.

Qu’est-ce que c’était donc que ce volume? Nous avions fini par respecter complètement l’isolement de notre compagnon de route. Nous parcourions un pays merveilleux. Nous renoncions à interrompre M. Léonard dans sa lecture pour lui faire admirer le paysage. Même nous mettions une sourdine à nos cris d’enthousiasme pour ne pas le déranger. Jamais nous n’avions fait un plus beau voyage. Et nous aurions été complètement emballés si nous n’avions pas été tant soit peu gênés par l’indifférence de M. Léonard, tourmentés aussi par notre curiosité: quel était donc ce livre passionnant?