Ce n’était pas facile de le savoir. Il ne le quittait jamais. Nous savions seulement que c’était un volume assez fort, écrit très fin; il le lisait très lentement, mais avec une attention de plus en plus grande.

Enfin, le soir du cinquième jour, le patron de l’auto nous appela dans un coin de cour, à l’hôtel où nous venions d’arriver.

—Je sais ce qu’il lit...

—Vous savez?

—Oui, je sais. Il est descendu le premier tout à l’heure. Il avait à envoyer une dépêche. Dans sa précipitation, il avait laissé le volume dans la voiture. Je n’ai pu y tenir. J’ai soulevé la reliure passe-partout, et j’ai regardé le titre...

—Eh bien?

—C’est un récit de voyage en automobile...

... Oui, continua notre ami. Et, comme il va l’avoir fini bientôt, il vient de télégraphier à Paris—j’ai vu par hasard la dépêche—pour demander à son libraire de lui envoyer à l’étape d’après-demain un autre récit de voyage.

CHAMBRES D’HÔTEL
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J’ai visité avec un grand intérêt, au Salon de l’Automobile, l’Exposition des chambres d’hôtel. Ah! les chambres claires, propres, amicales! Et je songeais à des arrivées sinistres, à minuit, dans des petites villes, au bougeoir de cuivre semé de larmes blanches, que vous destinait le veilleur, à la recherche de la chambre 17 où vous amenait ce garçon taciturne, après avoir monté un escalier, suivi un corridor, descendu trois marches et tourné deux fois dans des recoins. Et une fois seul, dans cette chambre froide, quels tristes efforts pour fermer les grands rideaux de la fenêtre! On tirait l’un après l’autre, sans que rien ne bougeât, des cordons enchevêtrés. On ne faisait que remuer un peu de poussière sèche. Un bec de gaz veillait dans le corridor jusqu’au moment où le jour venait et remplissait la chambre d’une clarté barbare.