C’est fini. La bête inédite est apprivoisée. Il peut obéir à ses traditions d’habitant de la Ville-Lumière, et se montrer partisan du progrès, puisque désormais le progrès ne lui fait plus peur.
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Vous comprenez maintenant ma joie de l’avoir aperçu ainsi dans un taxi-auto.
Il n’y va encore qu’exceptionnellement, comme pour une escapade... Ce qui l’effraie ce sont les complications des tarifs, et les tours mystérieux qu’on peut lui jouer avec ces compteurs compliqués dont il ignore le mécanisme. Mais quand il se sera familiarisé avec cet instrument, il n’aura pas de plus grand plaisir que de prendre des taxi-autos, avec la satisfaction d’un vieux Parisien à qui on ne la fait pas, parce qu’il la connaît, et la pratique...
EMPLETTES
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Je connais parmi les fanatiques de l’automobile, des gens qui ont de la fortune, et qui pourraient donc avoir une auto à eux, au lieu d’être pique-assiette, ou plutôt «use-coussins» dans une voiture d’ami.
Ce n’est pas toujours par avarice, c’est par timidité. Pour certaines gens, que je comprends, c’est un coup d’audace extraordinaire que d’aller chez un fabricant, d’arrêter son choix sur une voiture, de la commander.
Moi qui suis un numéro un peu dans leur genre et qui mets plusieurs semaines pour m’acheter un complet veston dont je ne suis jamais satisfait, je crois que je souffrirais beaucoup d’avoir à me prononcer entre une seize et une trente-chevaux, entre une limousine, un landaulet, un coupé, et à adopter une couleur de caisse dans la troublante variété de couleurs que l’on propose aux malheureux indécis.
Ainsi je ne connais rien de plus difficile que l’achat d’un chapeau. Quand j’entre dans une chapellerie, les gens du dehors ne peuvent s’imaginer que ce client barbu, de forte carrure, soit profondément torturé par les oscillations de son vouloir.
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