Ce n’était pas l’explication souhaitée. Dans le ton de ses paroles, il y avait comme l’aveu de choses inavouées. Daniel en souffrit. Mais sa douleur fut moins pénible, car il lui sembla qu’à ce moment, Berthe n’était plus son ennemie, qu’elle était maintenant de son côté pour souffrir avec lui, pour souffrir de quelque chose qui était dans le passé et qui revenait les affliger d’un malheur commun. Quand Daniel reprit seul le chemin de la maison, une sorte de paix triste était rentrée dans son cœur.
XXVI
L’ENQUÊTE
Quand il arriva chez elle le lendemain, après le déjeuner, elle avait repris son sang-froid. Il n’osa pas revenir sur la conversation de la veille, mais il dit qu’il était triste, que la vie l’affligeait. Elle lui répondait : Vous êtes fou… ou : Vous savez bien que je vous aime. Et, quand ils furent seuls, il ne refusa pas quoi qu’il s’en fût promis, les lèvres qu’elle lui tendait.
Il avait mal dormi la nuit précédente, et, dans la matinée, il avait pris la résolution d’aller trouver André Bardot et d’avoir avec lui une explication. Il lui parlerait sans se fâcher, mais nettement. Cette démarche lui paraissait très simple, car, selon son habitude, il avait imaginé les demandes et les réponses de ce décisif entretien.
Il avait décidé de ne pas parler de ce projet à Berthe Voraud. Mais il lui était difficile de retenir un secret. Le besoin de parler le harcelait, et il trouvait toujours une bonne raison pour lui céder et rompre le silence.
Il s’était aussi juré de ne pas ennuyer Berthe, ayant pour elle une grande pitié. Mais c’était là une de ces promesses magnanimes, qu’il n’avait jamais la fermeté détenir.
— J’ai l’intention, dit-il tout à coup, d’aller trouver André Bardot.
Elle se tut pendant un instant, puis elle dit : « Allez le trouver », s’étant fait sans doute ce raisonnement puéril qu’elle semblerait suspecte en lui déconseillant cette visite.
Il répondit du ton le plus naturel :
« Oui, j’irai. »