Puis ils se turent tous deux un temps assez long. Assise près de la fenêtre, elle penchait sur un ouvrage de tapisserie sa tête charmante et impénétrable. Daniel se dit qu’il fallait ne pas avoir l’air fâché et prononcer une phrase quelconque. Il regarda un portrait au mur, et s’écria : Comme ce portrait de votre grand-père ressemble à M. Voraud !

Elle ne répondit rien. Souffrait-elle au fond d’elle-même ? Il en ressentit à la fois un déchirement et un plaisir. Il craignait de la voir souffrir, mais il ne détestait pas le goût de sa souffrance.

— Il ne faudrait pas, dit-il, que vous preniez contre vous ce que je vous ai dit tout à l’heure, relativement à ma visite à ce jeune homme.

— Je ne le prends pas contre moi.

— Je le pense bien… Si je vais le voir, ce n’est pas du tout pour contrôler ce que vous m’avez dit… Je vais seulement lui demander une explication au sujet de certains racontars que, selon certaines personnes, il aurait faits sur votre compte.

— Allez le voir, dit-elle encore.

— Je n’irai le voir que si vous m’en priez, ma petite Berthe. Vous savez bien que je vous aime et que je vous obéis toujours.

— Si vous avez le moindre soupçon, il faut aller le voir. Seulement, si vous voulez mon avis, je trouve cette démarche ridicule. De quoi ça aura-t-il l’air ?

— Je n’irai pas le voir.

Il venait de se résoudre à un moyen terme ; il interrogerait Julius, qu’il n’avait jamais osé questionner à fond. Mais il ne parla pas de cette démarche à Berthe, qui n’aimait pas Julius et n’eût pas toléré qu’on le mêlât à cette affaire.