— Non, Louise, dit Daniel un peu agacé… Je vous en prie… Ne niez pas… Ce sont des choses certaines.
Et il lui raconta les confidences de Julius, surtout préoccupé de trouver des mobiles généreux aux indiscrétions de son ami, parce qu’il croyait voir, chaque fois qu’il prononçait son nom, une expression de blâme dans les yeux de la jeune fille…
— Et vous croyez cela ?
— Oui, oui, dit Daniel, je crois cela. Mais puisque je vous dis que ça ne fait rien, et que je pardonne tout… Berthe ne m’a pas toujours connu. Si elle a aimé quelqu’un avant de me connaître, je n’ai pas le droit de le lui reprocher. Je voudrais que vous lui disiez vous-même… parce que ça me gêne de lui en parler… que vous lui disiez qu’elle se tranquillise et que je lui pardonne tout.
— Je veux bien le lui dire. Mais je vous assure que vous n’avez rien à lui pardonner.
Ils rentrèrent dans la salle à manger et reprirent place autour de la table. Louise, le visage grave, répondait d’un air distrait à Mme Voraud tout en coupant méticuleusement du bout d’un couteau à dessert les pelures de pomme qui restaient dans son assiette. Berthe eut le bon esprit de se lever la première, et d’aller attendre son amie, dans le salon à côté.
Quand Louise l’eut suivie, ce fut le tour de Daniel de soutenir la conversation de Mme Voraud et de lui répondre, complètement au hasard, sur divers projets de voyage et d’installation. Si Mme Voraud avait eu quelque chose à lui demander, le moment eût été bien choisi, car il répondait : oui, avec empressement, et écartait tout sujet de discussion. Quelques instants après, Louise rentra auprès d’eux et Daniel se leva pour aller rejoindre Berthe.
Il eut un serrement de cœur en voyant le salon vide. Il ouvrit la porte de la lingerie. Berthe était sur un fauteuil. Elle avait les yeux dans un mouchoir minuscule, où elle pleurait, comme une pauvre petite fille, toutes les larmes de son corps. Il eut tout de suite l’impression d’une maladresse irrémédiable, d’avoir joué de ses mains brutales avec un jouet trop délicat. Il se mit à pleurer plus fort qu’elle, en marchant avec agitation, à pleurer sans retenue, si bien que sa douleur fuyait peu à peu dans ses sanglots. Mme Voraud accourut au bruit et vit leurs vilaines figures.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Pourquoi pleure-t-elle ? demanda-t-elle à Daniel avec sévérité, et comme si lui-même n’eût pas été en train de pleurer aussi.
Mais il repartait en sanglots plus violents. Berthe se calma la première, et dit en s’essuyant les yeux :