— Vous êtes amoureux ?

— … Oui.

Il voyait à vingt pas devant lui les lourds cheveux blonds et la robe de linon mauve de Mlle Voraud, à côté du Numéro-Deux qui faisait des pas immenses, et s’amusait à jeter des cailloux aux enfants.

— Je sais, dit Louise Loison, en fixant Daniel, de qui vous êtes amoureux. C’est une jeune fille blonde.

— C’est vrai, dit Daniel, toujours assez hardi avec les tiers.

Il y eut un silence. Puis Louise ajouta : « Cette personne vous aime aussi. »

Daniel ne dit rien et regarda droit devant lui, sans rien voir. Louise Loison courut à Berthe et lui parla à voix basse. Et Daniel, qui devinait cette confidence, vit que Berthe ne tournait pas la tête et ne disait rien.

Louise Loison cria qu’il fallait rentrer pour dîner. Elle fit arrêter le groupe pour rebrousser chemin. Daniel rejoignit Berthe. Elle rougit et leurs regards s’évitèrent. Louise, pour les laisser ensemble, prit les devants avec l’impassible Numéro-Deux et les enfants ; elle les fit danser et chanter, et dansa de joie avec eux. Mais Daniel et Berthe cheminaient côte à côte, sans se regarder, et ne dirent rien jusqu’à la maison.

En arrivant à la grille, Daniel vit que la table était mise dans le jardin. Les deux jeunes filles montèrent à la chambre de Berthe pour retirer leurs chapeaux. Les enfants se dispersèrent. Daniel, resté seul, fut pris d’une crise sourde de désespoir, parce qu’il n’avait pas parlé à Berthe. « J’aurais dû lui dire n’importe quoi, que je l’aimais, que j’étais heureux ; mais je suis un misérable, un misérable, un misérable. J’ai abîmé tout mon bonheur. » Et se parlant ainsi à voix presque haute, il serrait les poings, et se griffait les paumes avec les ongles, qu’il portait d’ailleurs assez courts.

X
LA FÊTE COMMENCE