— Ce sera long à reformer la croûte, dit M. Adrien, en sortant de la stalle.
Cependant, Alfred, ayant sellé Mouche, l’a sortie dans la cour. M. Adrien reste dans l’écurie pour surveiller le sellage de Baba. Daniel en profite pour monter à cheval autrement que par principe, car il a une peine infinie à soulever son pied jusqu’à l’étrier. Il amène tout doucement Mouche près d’un banc, et s’installe sans trop de peine sur le dos de la bête. Les étriers sont à peu près justes. L’étrivière gauche est peut-être un peu moins longue, mais Daniel s’y résigne. M. Adrien sort de l’écurie avec Baba, et se met en selle. Puis il examine Daniel.
— Vous n’emportez pas votre stick ?
Il l’a oublié dans l’écurie. Il faut redescendre et, sous les yeux de M. Adrien, remonter à cheval par principe. L’étrier se trouve terriblement haut, car pour avoir moins de chances de le déchausser au galop, il monte avec des étrivières courtes. De plus, Mouche ne met aucune complaisance à favoriser l’opération. Elle s’acharne à tourner en rond.
— Tenez-lui sa jument, dit M. Adrien à Alfred.
Le boiteux va tenir la jument, et pousse Daniel au derrière, en lui disant à mi-voix : Ça vaut un verre.
Ils sortent au pas, dans la grande rue. Daniel a une position impeccable, quand on ne marche pas aux allures vives. Au pas, son pied n’est engagé qu’au tiers dans l’étrier, son genou adhère parfaitement à la selle. Il guette les glaces des boutiques pour s’y regarder au passage. Allons, la promenade se passera sans encombre et l’équitation est un sport bien agréable !
Mais voilà qu’un incident imprévu vient émouvoir le jeune cavalier, et par contrecoup, sa monture.
Comme on tourne le chemin des Platanes, on aperçoit M. Voraud qui revient de la gare et qui amène avec lui… qui ? André Bardot ?
André Bardot, qui s’est vanté auprès de Julius d’avoir flirté pendant un an avec Berthe, et qui prétendait même être aimé d’elle !