— Au revoir, madame, dit Daniel en allant saluer Mme Voraud.

Mme Voraud répondit par un sourire aimable, qui semblait comme rapporté sur son visage froid. Puis, elle baissa les yeux sur son ouvrage. Berthe, à qui Daniel tendit la main, ne la prit pas. Louise Loison sortit dans l’antichambre avec Daniel.

— Vous êtes fou de faire des scènes pareilles.

— Ça ne peut pas durer, répondit-il. Je ne veux pas qu’on me fasse toujours des affronts. Je ne veux pas qu’on me tolère ici ; je veux qu’on me reçoive. Je vais dire à papa, dès ce soir, qu’il vienne, demain, voir M. Voraud, pour lui demander la main de Berthe. Si on me la refuse, je verrai ce que j’aurai à faire.

— Attendez, dit Louise intéressée, je vais vous conduire jusqu’à la porte du jardin.

Ils s’arrêtèrent ensemble devant la grille. Un petit ruisseau de pluie courait le long du mur. Avec le bout de son parapluie, Daniel faisait des petits trous dans le sable, entre les pierres ; ce qui troublait l’eau d’amusants petits floconnements.

— Si j’ai hésité jusqu’ici, dit-il gravement à Louise, c’est que les parents de Berthe me paraissent plus riches que les miens.

— Quelle fortune ont vos parents, sans indiscrétion ?

— Je ne l’ai jamais su, dit Daniel. Ils ne m’en ont jamais parlé. Un jour, j’avais à peu près dix ans, papa est entré dans la chambre de maman. Je savais qu’il était resté tard au magasin pour terminer son inventaire. Il a dit à maman : C’est bien à peu près ce que je disais. — Deux cent trente ? a dit maman. — Deux cent dix-sept, a dit papa. — Maman a dit : Je croyais que c’était davantage… Depuis ce temps, je n’ai plus rien su. Seulement, papa a dû faire de très bonnes années. On a déménagé. Le magasin s’est agrandi. On a deux voyageurs en plus. Mes parents auraient maintenant plus de cinq cent mille francs que ça ne m’étonnerait pas… Mais qu’est-ce que c’est que cinq cent mille francs auprès de la fortune de M. Voraud ?

— Combien a-t-il, M. Voraud ? demanda Louise Loison.