— Trois millions, m’a-t-on dit.

— Papa dit beaucoup moins que ça, dit Louise. Papa m’a dit qu’il devait avoir de douze à quinze cent mille francs, et que ce n’était pas une fortune très sûre. Il y a des jours où M. Voraud a l’air ennuyé. En tout cas, je sais ce qu’il donne à sa fille : quinze mille francs de rente et le logement.

— Est-ce que c’est beaucoup ? dit Daniel.

— Il me semble, dit Louise. J’ai cent mille francs de dot, et tout le monde dit que c’est très joli. Or, quinze mille francs de rente, c’est certainement beaucoup plus… Mais vous n’avez pas besoin d’être gêné parce que Berthe est plus riche que vous. Elle sait bien que vous l’épouserez par amour.

— Oh ! ce n’est pas ça qui me gêne, dit Daniel, d’autant plus que je suis bien sûr qu’un jour je serai très riche, et que je gagnerai beaucoup d’argent. Mais c’est pour ses parents : est-ce qu’ils voudront de moi ?

— Faites toujours faire la demande par votre père. C’est le seul moyen de le savoir.

— Dites à Berthe, dit Daniel, qu’elle ne m’en veuille pas de ce qui s’est passé aujourd’hui. Dites-lui que je ne l’ai jamais tant aimée.

XVIII
DÉMARCHES OFFICIELLES

Daniel, d’un pas joyeux, rentra au chalet Pilou ; il allait parler à sa mère de ses projets de mariage. Heureux et fier de ses graves résolutions, il se sentait si grand garçon qu’il n’avait plus le droit d’être timide. Il s’avança d’un pas ferme jusqu’auprès de sa mère :

— Maman ?