Daniel eut alors cette impression obscure, que son père n’était pas fâché de tenter cette démarche sous le couvert des vœux inconsidérés de son jeune garçon.
— Va le prévenir, ce soir, que j’irai le voir, demain, à son bureau. Demande-lui son heure.
Daniel, après les démonstrations fâcheuses de Mme Voraud, ne serait peut-être pas facilement retourné chez Berthe, le soir même. Mais du moment qu’il avait une commission, qu’il venait voir M. Voraud, il n’était plus un intrus. Du plus loin qu’il aperçut la famille, qui prenait le frais sur le perron, il s’écria : « C’est M. Voraud que je viens voir ce soir ! » Et il répéta encore, quand il fut arrivé près du groupe : « J’ai quelque chose à dire à M. Voraud. »
— Monsieur, mon père désirerait aller vous parler à votre bureau, demain. Il m’a chargé de vous demander votre heure.
— L’heure qui lui conviendra, dit M. Voraud. De préférence après la Bourse, à quatre heures, quatre heures et demie.
Louise Loison, presque ostensiblement, tirait le bras de Daniel. Elle lui fit descendre le perron.
— Quoi de nouveau ?
— Mon père fera la demande demain.
Les deux jeunes filles l’accompagnèrent jusqu’à la grille. La grande porte était fermée. On faisait un petit détour dans le feuillage pour arriver à la petite porte. L’endroit était excellent, protégé tout à fait contre les regards de l’ennemi. Daniel embrassa Berthe.
— Vous serez contente d’être ma femme ?