— Oui, Daniel.

— Et moi je serai bien heureux d’être votre mari !

Ce terme de mari avait encore pour lui beaucoup de prestige. Il évoquait à ses yeux une sorte de personnage barbu, de forte carrure, et très écouté dans les réunions de famille. A vingt ans, il serait déjà ce personnage-là. Il en était heureux, comme d’un avancement rapide.

Tout en rentrant chez lui, il essayait d’examiner sérieusement la situation.

A l’idée que M. Voraud dirait : oui, il ressentait un enchantement, d’ailleurs assez vague : un mariage avec des fleurs, une nuit de noce, un voyage en Italie.

D’autre part, l’idée que M. Voraud refuserait lui était presque aussi agréable. C’était du nouveau encore, du mouvement, une occasion de rébellion.

Il n’envisageait que ces deux hypothèses. Il n’imaginait pas que les résolutions de M. Voraud ne fussent pas arrêtées d’avance. Il fut très longtemps à supposer chez ses semblables une indécision semblable à la sienne. Il préférait les croire sûrs d’eux-mêmes, afin de s’épargner la peine de modifier leurs résolutions. Car il n’aimait pas les discussions, les combats, les efforts. Il n’attendait de la vie que des aubaines, et non des salaires.

Son père lui dit, quand il revint :

— Quel train est-ce que tu prendras demain ?

— Comment, dit Daniel, est-ce que je vais avec toi ?