— Je me demande, dit Daniel, si je ne ferais pas bien de parler à papa tout de suite, et de lui dire avec des ménagements, tout doucement, que les affaires de M. Voraud ne sont pas aussi bonnes qu’il croyait. Afin qu’il ne reçoive pas un coup quand on lui racontera ce que tu m’as raconté.

— Ce serait idiot, dit Julius. Il est très peu probable que quelqu’un ait l’idée d’aller lui raconter ça. Ça ne regarde pas les gens. Et puis on suppose qu’il a pris ses renseignements.

— Oui, dit Daniel. Mais est-ce que ce n’est pas une responsabilité pour moi de savoir ça et de ne pas le lui dire ?

— Mais non, répondit arbitrairement Julius. D’abord, ce que je t’ai dit n’est peut-être pas exact. Il y a toujours des mauvais bruits qui courent sur les gens d’affaires. On disait des mauvaises choses sur Voraud il y a un an. Mais peut-être qu’il s’est remis à flot depuis.

— Bon, dit Daniel, tu dis ça pour me rassurer et parce que ça t’embête que je fasse une tête. Tant pis pour toi, si je fais une tête. Il ne fallait pas me raconter ça… D’ailleurs, tu as bien fait et je te remercie, dit-il après un silence.

Après un nouveau silence, il ajouta :

— Ah ! je voudrais, je voudrais que papa apprenne la nouvelle tout de suite, afin que je sois débarrassé de ce souci-là. Je vais être embêté tant qu’il ne le saura pas… Je ne pourrai pas lui dire ça moi-même. Et puis il me semble que ce ne serait pas bien, à cause de Berthe… Parce qu’après, s’il fait des difficultés, et s’il empêche le mariage, ce serait ma faute, à moi… Écoute, mon vieux, je te quitte.

— Où vas-tu ?

— J’ai des courses à faire.

— Quand est-ce qu’on te verra ?