Il fallait expliquer à M. Voraud la bouderie des Henry, et ajouter que, lui, Daniel, méprisait les questions d’argent et resterait à jamais fidèle à son amour ainsi qu’à la parole donnée. Il hésitait d’autant moins à faire cette démarche qu’il était à peu près sûr de la réponse de M. Voraud. Cette réponse serait : « Vous êtes un noble jeune homme » ou quelque chose d’approchant.

Le lendemain le trouva encore dans les mêmes dispositions. Il était, d’ailleurs, trop faible pour revenir sur une résolution dangereuse et avait trop peur d’être lâche pour se permettre une reculade. A trois heures, il descendit du train à la gare du Nord et se rendit aux bureaux de son futur beau-père.

Malgré les renseignements inquiétants qu’il avait maintenant sur la maison Voraud, l’austérité des grillages l’intimida, ainsi que l’activité indifférente des employés et la tranquille rudesse des garçons en uniforme, qui venaient verser de l’argent ou toucher des chèques. De l’or et des billets, sans ostentation, entraient ou sortaient des guichets.

On introduisit Daniel dans une petite chambre d’attente, claire et sans meubles. M. Voraud, très pressé, sortit d’une pièce à côté : « Bonjour, mon ami. Je ne vous reçois pas dans mon cabinet. J’ai quelqu’un. Qu’est-ce qu’il y a pour votre service ? »

Ils étaient tous deux debout près de la fenêtre, au grand jour. M. Voraud avait posé sa main sur l’épaule du jeune homme. Il baissait sa tête robuste, tortillait sa moustache et pensait à autre chose.

— Voilà, dit Daniel. Je tenais à vous voir. Car je pensais que vous aviez cru remarquer chez mes parents une certaine froideur.

— Une certaine froideur ? dit M. Voraud en relevant la tête, un peu étonné. Pourquoi ça ?

— Voilà, dit Daniel, voilà. On a dit, c’est-à-dire on a raconté à mon père des choses… que vos affaires n’allaient pas comme vous vouliez.

M. Voraud releva la tête et regarda Daniel fixement. Daniel continua, très vite :

— Alors papa m’a dit cela, et nous avons eu une scène. Je lui ai répondu que je n’épousais pas votre fille pour de l’argent, que je l’aimais. Je suis venu pour vous dire que les questions d’intérêt n’existent pas pour moi, et que l’attitude de ma famille ne modifiera jamais mes projets.