— Qu’est-ce que ça signifie ? dit sévèrement M. Voraud. Où voulez-vous en venir ? Enfin, répondez : Quel est le sens de cette démarche ? Est-ce vos parents qui vous ont envoyé ? Je n’aime pas les faux-fuyants, ni l’équivoque, cher monsieur.
— Ce n’est pas mes parents, dit faiblement Daniel. C’est moi qui suis venu de mon gré. Je n’ai consulté personne. J’ai fait cette démarche à l’insu de tout le monde. J’ai voulu vous éclairer sur mes sentiments.
— Je n’aime pas beaucoup ça, continua M. Voraud, sans l’écouter. J’irai voir monsieur votre père, et je lui demanderai des explications là-dessus. Je m’étonne qu’il ne soit pas venu me trouver lui-même, au lieu de vous envoyer. Il sait où je demeure.
— Mais, je vous donne ma parole que ce n’est pas papa qui m’a envoyé.
— Je le verrai à ce sujet… Je ne vous reconduis pas, dit-il en serrant hâtivement la main de Daniel ; j’ai du monde dans mon cabinet. Au revoir !
— Au revoir, monsieur, dit Daniel. Mais je voudrais que vous ne vous trompiez pas sur le sens de ma démarche.
— Oui, c’est bon, c’est bon. Au revoir.
Daniel traversa la salle et descendit l’escalier sans penser à rien. Puis, dans la rue, il se mit à marcher très vite, et la tête droite, comme le personnage biblique à qui le Seigneur avait défendu de se retourner pour regarder derrière lui le feu du ciel et ses ravages.
Mais il consentait rarement à s’avouer qu’il avait fait une fausse démarche. Il convint donc avec lui-même, quand il ralentit son allure, qu’il valait bien mieux que les choses se fussent passées de cette façon, et qu’ainsi son père et M. Voraud auraient une explication nette.