M. Voraud ne parla point chez lui de la visite de Daniel. Du moins, le lendemain, après déjeuner, Mme Voraud ne semblait au courant de rien, quand le jeune homme entra dans la salle à manger vitrée, où Berthe travaillait avec sa mère.
Le mois de septembre était un peu frais. On avait renoncé aux robes d’été. Berthe portait un costume de drap gris, une veste unie, montante, avec un petit faux-col blanc. Quand Daniel arriva, elle était en train de bâtir un chapeau avec d’anciennes plumes qu’elle ajustait sur une forme de feutre neuve. Elle avait entre les lèvres deux épingles, qu’elle retira sur la prière de Daniel, qui craignait de les lui voir avaler.
Il s’assit à côté d’elle, et la regarda impatiemment. Il n’avait rien à lui dire, et ne pensait qu’à aller l’embrasser dans une autre chambre. Comme Mme Voraud se levait pour aller baisser un peu le store, Daniel dit à Berthe à demi-voix :
— Allez chercher des rubans dans la lingerie.
Depuis qu’ils étaient fiancés, on ne les empêchait pas de rester seuls ensemble. Mais Mme Voraud faisait toujours son possible pour les déranger.
Berthe ne se leva pas tout de suite. Elle acheva de fixer une plume sur le devant du chapeau. Daniel trouvait qu’elle n’en finissait pas. Il lui poussa légèrement le genou. Enfin, elle quitta sa chaise. Mais elle resta longtemps encore à tourner le chapeau sur son poing, puis à l’essayer devant la glace. Elle regarda Daniel.
— Comment le trouvez-vous ?
Il répondit sèchement :
— Bien.
Elle fronça le sourcil, comme lorsqu’elle disait : Méchant ! Puis elle s’en alla vers la lingerie, qu’un grand salon, dont les portes étaient ouvertes, séparait de la salle à manger. Daniel, pour ne pas la suivre immédiatement, s’astreignit à faire quelques pas de long en large avant de sortir. Puis il se dirigea innocemment vers la porte du salon.