Le lendemain, en faisant le pansage, il s’aperçut qu’elle était blessée au garrot. Ce n’était pas lui qui l’avait sellée la veille. C’était probablement un élève « soufflant », homme lige du brigadier-trompette. Cet accident était beaucoup moins émouvant pour Paul du moment qu’il n’en portait plus la responsabilité.
Il alla donc conduire Bretagne à la visite des chevaux.
D’autres cavaliers, à côté de leur monture, attendaient la visite du vétérinaire avec la sérénité du troupier, qui, à la faveur d’une corvée douce, coupe à la monotone besogne du pansage.
Il y avait au régiment deux vétérinaires : le vétérinaire en pied, corpulent, voûté et vénérable ; sa pèlerine était toujours de travers, et il était chaussé de bottes de gendarme, très démodées. Le vétérinaire en second, beaucoup plus dernier cri, portait des bottes Chantilly. C’était un grand jeune homme mince à binocle, qui touchait le garrot des bêtes comme avec une pince à sucre, et sautait de côté à leur moindre frémissement. Il prescrivit pour Bretagne des lotions d’eau blanche et la garda à l’infirmerie.
Paul reprit tout seul le chemin des écuries. Là, pour le consoler, on lui confia le pansage de trois chevaux, dont les cavaliers attitrés étaient occupés dans des ateliers à des travaux divers.
Au fond, le pansage de trois chevaux n’est guère plus compliqué que celui d’un seul. C’est seulement, en plus, deux promenades à l’abreuvoir et un plus grand total de sabots pour vous écraser les galoches.
Il n’espérait pas que l’indisponibilité de Bretagne allait le faire exempter de classes à cheval. Il y avait — heureusement, dirons-nous — aux écuries moins d’hommes que de chevaux.
— Vous monterez Halo au manège, lui dit le maréchal des logis.
Une nouvelle connaissance, c’est toujours intéressant.
Sa curiosité fut vite comblée.