— Je suis exempt de service pour deux jours, dit-il. C’est ce qu’il y a de mieux. Quatre jours, c’est trop. On s’embête. Et puis c’est quatre jours à ne pas pouvoir sortir en ville. Mais deux jours, c’est l’idée qu’on n’aura pas besoin de retourner à la visite le lendemain, puisqu’on est reconnu de droit…
… C’est qu’il y a des truqueurs, tu sais. Y en a qui fument de la paille, y en a d’autres qui se tapent le coude pour avoir un pouls à la hauteur… Mais le truc le plus épatant, c’est ceux qui vont se faire prendre la température à 6 heures du soir à l’infirmerie. Tu sais le moyen, pour avoir deux degrés de plus ?
— Dis toujours…
— Un petit verre de rhum…
— Tu blagues ?
— Un petit verre de rhum, qu’on fait boire à l’infirmier…
Vers le milieu du mois de février, des bruits vagues, qui couraient depuis plusieurs semaines, se précisèrent. Le régiment déménageait, pour s’installer dans une ville du Nord.
Bien entendu, les sous-officiers rengagés n’y croyaient pas. Ils en avaient tellement entendu ! Ils ne levaient même plus les épaules. Un matin, au milieu du pansage, un brigadier, qui revenait du bureau du chef, affirma que c’était à la décision.
On en parla encore à la cantine, en mangeant de bon appétit de petits biftecks carbonisés, entourés de frites trop blanches. Cependant Alfred, le garçon, dispensateur d’un cidre inoffensif et non bouché, se délestait de table en table des nombreux litres qui lui garnissaient les bras.