— Je n’ose pas vous demander un service, fit-elle…
Il eut à ce moment l’air extasié, chaviré, éperdu de Ruy Blas devant sa reine. Il ne répondit rien, mais son regard exprima assez clairement qu’il était prêt à traverser des brasiers en feu, ou quelque obstacle analogue.
Les exigences de la dame en linon furent plus mesurées… Il s’agissait d’aller au bourg, distant d’une lieue, pour lui acheter du raisin…
Elle s’excusa encore : il venait de lui dire qu’il n’était pas fatigué et que sa journée de travail était finie…
— Vous n’avez pas le droit sans doute d’y aller à cheval ?
— Non, madame, dit-il vivement… et puis je préfère y aller à pied. Ça me dégourdira…
Elle tint à lui payer le prix du raisin. Comme il refusait l’argent, elle lui dit gentiment :
— Je n’accepte ce service qu’à cette condition…
La petite expédition s’accomplit sans encombre. Dans le bourg, il chercha en vain un fleuriste, car le marchand de raisin ne vendait que des fruits. Il aurait bien cueilli des fleurs sur la route. Mais il y passait trois mois trop tard. La saison ne s’y prêtait pas.
Au retour, il rencontra sur le chemin la nouvelle dame de ses pensées. Elle lui prit des mains le paquet de fruits, et le remercia d’un sourire enivrant.