On pensait cependant qu’il changerait d’aspect une fois en dehors du quartier, et qu’il modifierait sa toilette pour paraître dans les villages ou les bourgs. Mais il dégotta pour le voyage un treillis et un bourgeron plus noirs encore que tout ce qu’il avait déjà arboré, probablement un complet toile qu’un aide-cuisinier avait mis au rebut.

Aussitôt arrivé à l’étape, après avoir abandonné le soin de son fourbi à une demi-douzaine de brosseurs, il passait son pantalon de treillis par-dessus son pantalon de cheval, et se coiffait d’un calot d’écurie affaissé par l’usage, d’un bleu ardoise qui deviendrait gris, ou d’un gris en train de tourner au bleu.

Ainsi vêtu, il faisait son tour de village.

Un jour, un civelot à cheval, qui allait en visite dans une propriété bourgeoise, aperçut Maxime à la porte de la grille. Il lui donna sa bête à garder, et, en sortant de là, une demi-heure après, lui remit quatre sous que Maxime empocha.

Une fois à cheval, il lui dit cavalièrement :

— Tu ne sais pas où est le bureau de tabac ?

— Non, dit Maxime, je ne suis pas du patelin. Mais vous me permettrez de vous offrir un cigare.

Et il sortit de dessous son bourgeron un long étui de cuir qui contenait des cigares à trois francs.

— Prenez, prenez, dit-il au civil hésitant. Ça vient de mes parents, qui ont quelques plants de tabac…

Un soir du voyage de retour, l’escadron s’arrêta dans un village composé d’une cinquantaine de maisons groupées autour d’une allée magnifique, qui conduisait à un immense château. Ce château appartenait à de vieilles demoiselles du Sud-Ouest, qui n’y venaient jamais, et confiaient leur propriété à un régisseur.