Il était arrivé tout plein de confiance dans le prestige de l’uniforme. C’était la légende des Dragons de Villars exprimée avec tant de bonne humeur, et des rimes si lamentables :

Bouchonne Cocotte,

Bouchonne, mon fils.

C’est elle qui trotte ;

C’est toi qui séduis.

Il avait trouvé en Bretagne une monture sans docilité et dépourvue d’affection. Elle voulait bien manger des croûtes de pain dans la main de son cavalier, mais ne lui en savait aucun gré et oubliait, la minute d’après, ces attentions.

Les dernières semaines, elle lui avait été retirée pour être affectée au peloton hors rang. La veille de son départ, il avait projeté d’aller la voir, en manière de pélerinage, en sa nouvelle écurie du P. H. R. Il y allait sans illusions, par une sorte de pieux devoir. Mais il se trouva qu’elle était sortie. L’élève trompette qui l’avait maintenant en consigne galopait avec elle, sur le terrain de manœuvres, en soufflant, d’une haleine entrecoupée, les différentes sonneries de l’école du régiment.

Il projeta de renouveler sa visite d’adieux, mais les écuries du P. H. R. étaient loin et les deux derniers jours de leur séjour furent fort occupés par des libations.

… C’est toi qui séduis…

Le dernier vers du quatrain n’avait pas trouvé sa confirmation. Il avait, somme toute, rencontré fort peu de dames avenantes et celles qui s’étaient trouvées sur son chemin y étaient restées trop peu de temps pour que pût s’opérer la séduction promise par la légende. Non, ses camarades, les conditionnels et lui, rapportaient des souvenirs plus austères, et moins « classés » ; ce ne fut que plus tard que certains d’entre eux purent les recenser et les évaluer à leur prix.