Ils aiment à tout crin: Ils aiment plaie et bosse,
La Bonne-Vierge, avec le gendarme qu'on rosse;
Ils font des voeux à tout ... mais leur voeu caressé
A toujours l'habit bleu d'un Jésus-christ rossé.[5]
—Allez: ce franc cynique a sa grâce native....
Comme il vous toise un chef, à sa façon naïve!
Comme il connaît son maître:—Un d'un seul bloc de bois!
—Un mauvais chien toujours qu'un bon enfant parfois!
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—Allez: à bord, chez eux, ils ont leur poésie!
Ces brutes ont des chants ivres d'âme saisie
Improvisés aux quarts sur le gaillard-d'avant....
—Ils ne s'en doutent pas, eux, poème vivant.
—Ils ont toujours, pour leur bonne femme de mère,
Une larme d'enfant, ces héros de misère;
Pour leur Douce-Jolie, une larme d'amour!...
Au pays—loin—ils ont, espérant leur retour,
Ces gens de cuivre rouge, une pâle fiancée
Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laissée.
Elle attend vaguement ... comme on attend là-bas.
Eux ils portent son nom tatoué sur leur bras.
Peut-être elle sera veuve avant d'être épouse....
—Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.—
Mais elle sera fière, à travers un sanglot,
De pouvoir dire encore:—Il était matelot!...
—C'est plus qu'un homme aussi devant la mer géante,
Ce matelot entier!...
Piétinant sous la plante
De son pied marin le pont près de crouler;
Tiens bon! Ça le connaît, ça va le désoûler.
Il finit comme ça, simple en sa grande allure,
D'un bloc:—Un trou dans l'eau, quoi!... pas de fioriture.
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On en voit revenir pourtant: bris de naufrage.
Ramassis de scorbut et hachis d'abordage....
Cassés, défigurés, dépaysés, perclus:
—Un oeil en moins.—Et vous, en avez-vous en plus:
—La fièvre-jaune.—-Eh bien, et vous, l'avez-vous rose?
—Une balafre.—Ah, c'est signé!...C'est quelque chose!
—Et le bras en pantenne.—Oui, c'est un biscaïen,
Le reste c'est le bel ouvrage au chirurgien.
—Et ce trou dans la joue?—Un ancien coup de pique.
—Cette bosse?—A tribord?... excusez: c'est ma chique.
—Ça?—Rien: une foutaise, un pruneau dans la main,
Ça sert de baromètre, et vous verrez demain:
Je ne vous dis que ça, sûr! quand je sens ma crampe....
Allez, on n'en fait plus des coques de ma trempe!
On m'a pendu deux fois....—
Et l'honnête forban
Creuse un bateau de bois pour un petit enfant.
Ils durent comme ça, reniflant la tempête
Riches de gloire et de trois cents francs de retraite,
Vieux culots de gargousse, épaves de héros!...
—Héros?—ils riraient bien!...—Non merci: matelots!
—Matelots!—Ce n'est pas vous, jeunes mateluches,
Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches....
Ah, les vieux avaient de plus fiers appétits!
En haussant leur épaule ils vous trouvent petits.
A treize ans ils mangeaient de l'Anglais, les corsaires!
Vous, vous n'êtes que des pelletas militaires....
Allez, on n'en fait plus de ces purs, premier brin!
Tout s'en va ... tout! La mer ... elle n'est plus marin!
De leur temps, elle était plus salée et sauvage.
Mais, à présent, rien n'a plus de pucelage....
La mer.... La mer n'est plus qu'une fille à soldats!...
—Vous, matelots, rêvez, en faisant vos cent pas
Comme dans les grands quarts.... Paisible rêverie
De carcasse qui geint, de mât craqué qui crie....
—Aux pompes!...
—Non ... fini!—Les beaux jours sont passés
—Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés!
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Tel qu'une vieille coque au sec dégréée,
Où vient encor parfois clapoter la marée;
Ame-de-mer en peine est le vieux matelot
Attendant, échoué ...—quoi: la mort?
—Non, le flot.
(Ile d'Ouessant.—Avril.)